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Un peu de lecture

Extrait de Le hasard et la nécessité, Jacques Monod.

Du jour, avons-nous dit, où l'Australanthrope ou quelqu'un de ses congénères parvint à communiquer, non plus seulement une expérience concrète et actuelle, mais le contenu d'une expérience subjective, d'une « simulation » personnelle, un nouveau règne était né : celui des idées. Une évolution nouvelle, celle de la culture, devenait possible. L'évolution physique de l'Homme devait se poursuivre longtemps encore, désormais étroitement associée à celle du langage, subissant profondément son influence qui bouleversait les conditions de la sélection.

L'homme moderne est le produit de cette symbiose évolutive. Il est incompréhensible, indéchiffrable, dans toute autre hypothèse. Tout être vivant est aussi un fossile. Il porte en soi, et jusque dans la structure microscopique de ses protéines, les traces, sinon les stigmates, de son ascendance. Cela est vrai de l'homme bien plus encore que de toute autre espèce animale en raison de la dualité, physique et « idéelle », de l'évolution dont il est l'héritier.